Savez-vous quel est le pourcentage de courrier privé en circulation par rapport à la masse déferlante des publicités, factures et autres courriers administratifs ? En 1996, c'était de l'ordre de 7 %. C'est en lisant cette statistique que je me suis vraiment lancée : dans cet océan de correspondance aseptisée, j'ai jeté sans filet de frêles courriers décorés. Je suis devenue art-postaliste.
Art-postal (mail-art).
Des dizaines d'enveloppes que j'ai envoyées, je n'ai gardé que peu de traces, visibles ci-dessous. Sitôt créées, sitôt soufflées, envolées dans la masse du courrier, et j'aimais cette idée de ne pas thésauriser, cette impression d'éparpiller les éléments d'un mandala de papier. L'idée aussi d'offrir à tous ceux qui interviennent dans l'acheminement d'une lettre jusqu'à son destinataire un peu de fantaisie.
Créer une enveloppe, c'était choisir minutieusement le papier (j'aime toujours autant les magasins de papier, même si j'en utilise moins...), l'encre, le fil (puisque la plupart de mes enveloppes étaient cousues à la machine), dessiner, peindre, découper, ajourer, coller, tout harmoniser, y compris, bien sûr, le timbre.
Même si je n'ai jamais été attirée par la philatélie (à vrai dire, à de rares exceptions près, l'idée même de collection me fait fuir), j'étais un peu frustrée quand il m'arrivait de voir des enveloppes magnifiquement décorées mais affranchies sans soin. Bachelard dit de Baudelaire qu'il n'emploie jamais un adjectif de façon irréfléchie, comme "une séquelle du substantif", eh bien voilà, toutes proportions gardées, pour moi le timbre ne devait jamais apparaître comme une séquelle ou un mal nécessaire sur une lettre. Juste comme une contrainte à prendre en compte, avec toujours en dernière extrémité la possibilité de le cacher au dos de l'enveloppe, ou de rectifier sa couleur d'un coup de pinceau. À la question que vous vous posez peut-être, la réponse est non : non, je n'ai jamais eu de problème avec la Poste, au contraire. Certains postiers, par exemple, semblaient s'abstenir d'oblitérer, comme par crainte d'abîmer quelque chose !Tout ce qui précède est rédigé au passé : j'avais pourtant si souvent fait l'éloge de la lenteur, mais vous l'aurez peut-être deviné, voilà bien des années que mon courrier ne passe plus par la case papier...