L'envie : qui est Florence Michalon ?
L'envie. Dans la suite logique des figurines en mouvement que sont Abdu-Ali et Baba, j'avais depuis fort longtemps en tête l'envie de modeler une danseuse chinoise inspirée par une statuette du Musée Guimet. Mais le 25 mai 2004, j'ai changé d'avis : en sortant du théâtre de l'Atelier où je venais de voir L'Hiver sous la table de Roland Topor, mis en scène par Zabou Breitman, j'ai su que Florence Michalon, personnage principal de la pièce interprété par Isabelle Carré, serait une de mes prochaines figurines. {Je n'arrive plus à retrouver la source de la photo ci-contre, si elle vous appartient et que vous souhaitez que je la retire, merci de me le faire savoir.}
Le personnage de Florence Michalon. En exergue du texte de la pièce, Topor décrit ses personnages, et parle de Florence Michalon en ces termes : "Une merveilleuse jeune femme approchant la trentaine. Pulpeuse. Visage enfantin adorable, jambes admirables, un corps épanoui qui fait penser à l'amour. Elle ne minaude jamais, toujours naturelle, candide, ingénue".
Tel est le personnage que j'ai voulu modeler, avec pour une fois des sources d'inspiration assez faciles à délimiter, puisqu'il s'agit forcément :
- du souvenir de la pièce elle-même (lorsque j'ai fini par trouver des images, le travail était déjà bien avancé).
- de la lecture de la pièce de Topor publiée par la revue L'Avant-Scène Théatre (n°1016, avril 2004). Cette édition a l'avantage de revenir sur la version mise en scène par Zabou Breitman.
- d'une soirée-rencontre avec Isabelle Carré, organisée par Télérama au Théâtre de l'Atelier (quelques jours après la représentation à laquelle j'ai assisté, qui était donc encore toute fraîche dans mon esprit).
- mais aussi, de façon peut-être moins évidente... de Marilyn Monroe.
Une nouveauté : le journal de bord du modelage.
J'ai commencé le modelage le 3 août 2004, et j'ai tenu pour la première fois un petit journal de bord (je n'avais pas encore de blog à l'époque) racontant en texte et en images les affres de la création de la demoiselle Michalon, entre pouce récalcitrant et journées "à bons doigts", chute inopinée et allergie à la pâte à modeler. Il est toujours consultable et complète largement le texte ci-dessous.
Un prénom, mais aussi un nom.
C'est la première fois qu'un de mes modelages a un état civil aussi complet que celui de Florence Michalon. J'ai pensé un temps l'appeler Mademoiselle Michalon, mais Florence a fini par s'imposer. Peu de choses à dire sur ce nom que je n'ai après tout pas choisi moi-même, sinon que je lui trouve un côté à la fois chantant et désuet, même si cette impression est probablement influencée par le personnage
Gracieusement avachie.
L'attitude. Comment Florence peut-elle apparaître dans le même temps si innoncente et si aguichante ? Grâce à un conseil de mise en scène de Zabou Breitman : tout est dans l'art et la manière de s'a-va-chir. C'est ainsi qu'Isabelle Carré apparaît perpétuellement alanguie, le menton soutenu par sa main, aussi gracieusement avachie qu'on peut l'être. Si j'ai doté la chaise de Florence d'accoudoirs, c'est bien pour qu'elle puisse s'y accouder languissamment !
Le visage. Je le dis dans mon journal de modelage, j'ai essayé de prendre Isabelle Carré comme modèle, avant de me replier sur mes inspirations de départ : un visage aux joues rondes, comme celui de Renée Zellwegger version Bridget Jones ou d'Alex Kingston (sans sa blouse de médecin de la série télévisée Urgences). Finalement, j'ai comme toujours fini par me contenter de ce qui sortait de mes doigts.
La chaise. Qui dit personnage avachi, dit... personnage assis. J'ai assez vite renoncé à l'idée de représenter la table qui donne son nom à la pièce, mais il me fallait au moins une chaise. Grâce au DVD, j'ai pu constater après coup que j'ai choisi spontanément de peindre la mienne en bleu, exactement comme les chaises dans la pièce, même si je ne m'en souvenais pas au moment du modelage.
J'avais envie d'un siège dans l'esprit des fauteuils de bureau d'il y a quelques décennies, un siège sur lequel on aurait plutôt imaginé un employé un peu balzacien avec des manchettes en lustrine. Au final, elle est un peu grotesque mais me plaît assez tel qu'elle est. Quelqu'un m'a dit en voyant une photo de ma chaise pâtamodelée qu'on la verrait bien sur la terrasse d'une maison en bois en Louisiane, et l'image me plaît également beaucoup, même si elle est très différente.

Le cahier et le crayon. Est-ce un livre, un journal intime, un cahier, que Florence a sur les genoux ? Son métier est d'être traductrice, il peut donc s'agir d'un cahier dans lequel elle brouillonne ses traductions. Mais Isabelle Carré a expliqué que lors des longs moments sur scène où l'action se déroulait sous la table tandis que son personnage continuait à écrire et à réfléchir à ses traductions, Zabou lui a suggéré d'écrire son journal de scène : "rire extraordinaire au 3e rang, le courant ne passe pas avec la salle, ce soir, etc.". A chacun de choisir ce qu'il veut voir dans le petit livre/cahier posé sur les genoux de Florence, donc.
Couleurs et vêtements : le style Michalon.
Les vêtements. Au milieu d'une tirade longue et hargneuse et tellement grossière qu'elle en devient franchement drôle, l'éditeur de Florence a cette exclamation à son sujet : "mal foutue, un goût de chiottes pour s'habiller". N'écoutons pas Marc Thyl - l'éditeur - que le dépit d'avoir été éconduit par Florence empêche forcément de rendre hommage au très beau travail effectué par la costumière, Nathalie Lecoultre.
Sans essayer de les "copier" strictement, je me suis largement inspirée de différents costumes portés par I. Carré dans la pièce : jupe un peu évasée et rayée en biais, jupe cintrée en tissu satiné d'un rouge éclatant, le costume final est un mélange de ces deux tenues, avec un corsage bleu que je n'ai pas doté de boutons en dépit de leur importance dans la pièce.
Détail amusant que je n'ai remarqué que récemment en voyant des photos de la pièce : les nappes qui se succèdent sur la table au fil de la pièce semblent toujours être faites du même tissu que les jupes ou robes de Florence.
Les chaussures. D'une certaine façon, les escarpins de Florence jouent leur propre rôle dans la pièce : Dragomir, son "locataire", a en permanence sous les yeux les jambes et les chaussures de sa logeuse sur lesquels il porte un regard timidement amoureux mais aussi professionnel, puisqu'il est cordonnier. Il est possible qu'il en rêve la nuit, comme le suggère une scène conçue par Zabou Breitman, où des escarpins en néons dansent dans le noir.
Florence et Marilyn. Impossible de ne pas penser à Marilyn Monroe en voyant Isabelle Carré en Florence Michalon : une Marilyn d'opérette, ultra-féminine, un peu rétro, un peu démodée, ou peut-être un peu hors du temps et des modes. Il y a la couleur des cheveux et la coiffure, bien sûr, mais aussi certains des costumes comme une robe blanche à fleurs rouges qui rappelle tellement celle de Marilyn Monroe dans Something's got to give.