Ce texte date de 2004-2005.
Le temps long du modelage.
Le temps qui rythme le petit monde de mes modelages est long à tous les points de vue. Il peut s'écouler plusieurs semaines voire plusieurs mois entre deux figurines… Pour preuve, la chronologie des modelages :
- 2001 - Sven, Zibeline et Li-Mei (ainsi que Le Cabot)
- 2002 - Palila (+ Méroé, abandonnée, et Popeline, inachevée)
- 2003 - Abdu-Ali
- 2004 - Baba et Florence Michalon
- 2005 - Aoteaora (inachevé)

Lorsque je commence une figurine, il peut arriver que j'aie l'envie en tête depuis des semaines, voire des mois.
Le temps continue à s’étirer même une fois le modelage commencé. Certes, il y a les jours « à bons doigts », jours magiques où tout semble aller de soi, mais il y a aussi les jours où une séance de 3 heures n’aboutira strictement à rien. Parfois les bons jours se succèdent et donnent l’impression que la figurine est quasiment finie, mais même cette impression peut être trompeuse car le peaufinage demande à son tour beaucoup de temps.
« Cent fois sur le métier remettre son ouvrage » : avec le modelage, je m’octroie le luxe de prendre tout mon temps, de laisser le travail en plan pendant plus ou moins longtemps pour y revenir avec un œil différent, la seule limite étant que la pâte à modeler, même protégée, finit forcément par sécher. Pour la couleur, en revanche, c’est uniquement lorsque j’ai appliqué une couche de vernis que je suis sûre que je n’y changerai plus rien. Et encore.
Enfiler son costume et planter le décor.
Je l’ai dit, les vêtements, les costumes m’intéressent, je ne peux donc pas omettre de vous parler de ma panoplie de modeleuse. Il s’agit d’un tablier comme ceux que portent les vendeurs des magasins japonais Muji : une fois glissée dans le bleu sombre de mon bouclier anti-taches, de mon essuie-mains-toutes-blanches (ce qui rend le bleu nettement moins uniforme), je peux commencer.
Le décor, sur la table : un morceau de sachet en plastique un peu épais et bien lisse, à la fois pour protéger le plan de travail mais aussi pour éventuellement y étaler de la pâte à modeler. Et posé sur le plastique… la tournette.
S’il est un élément essentiel dont j’aurais désormais du mal à me passer, c’est bien la tournette. Sven et ses premiers successeurs ont été modelés sur un plateau à épices en plastique qui tournait poussivement (lorsqu’il était d’accord), et que je perchais sur un ou deux dictionnaires pour qu’il soit un peu surélevé. J’ai fini par investir dans cette tournette qui m’a donné l’impression, tant pis si la métaphore est automobile, de passer de la deux chevaux à la berline de luxe. Plus sérieusement : surélevée d’une douzaine de centimètres, très lourde et donc complètement stable, tournant facilement et sans le moindre à-coup, elle rend vraiment le travail plus confortable.
Une éponge très humide posée sur une assiette et qui sert à me réhumidifier régulièrement les doigts en cours de travail, les photos qui me servent d'inspiration posée bien en vue, et le décor est presque complet : ne manquent que les outils.
Et presque toujours cette question fugace, au moment de commencer une nouvelle figurine : mais comment ai-je fait pour les autres ? et si je n’y arrivais plus ? Et le soulagement de constater que j’y arrive à nouveau.
Entrer dans les détails.
Seuls outils indispensables : les mains. Mais parfois les doigts les plus fins sont décidément trop épais. J’ai commencé par utiliser des outils en plastique pour enfants, mais ils ont cédé très vite. Mon petit stock d’outils utiles s’est constitué au fur et à mesure, et ils ne proviennent finalement qu’assez rarement des rayons modelages des magasins, les outils en bois qu’on y trouve étant généralement trop épais.
Post scriptum : des z'accessoires pas si superfétatoires.
Il est des accessoires auxquels on pense moins spontanément que les outils de modelage, et pourtant… De même que le tablier-costume fait partie du modelage, il y a aussi :
La tasse de thé. Notez toutefois que même si vous avez l'habitude d'en boire des litres, lorsqu'il s'agit de modeler des détails très fins, il arrive parfois qu'on constate un tremblement des doigts léger mais assez malvenu qui ne se remarquerait pas en temps normal. De même, la tasse de thé est à poser loin du bocal à eau pendant la phase peinture : tremper son pinceau dans la tasse est si vite arrivé ! (Il s'agit bien évidemment de considérations générales, toute ressemblance avec mon expérience personnelle serait naturellement to-ta-le-ment fortuite).
L'appareil photo numérique. Non seulement il est utile pour fixer les différentes étapes du travail, mais il peut également remplir une fonction proche de celle du miroir des peintres qui font leur autoportrait. En effet, lorsque j'ai en tête une posture précise comme celle que je voulais donner à Baba, la seule solution que j'ai trouvée pour avoir un semblant de modèle est de me prendre moi-même en photo dans ladite posture ! Même chose pour des positions de mains, par exemple. Quant à ce qui me pousse à fixer les étapes du travail… Peut-être est-ce tout simplement parce que j'aime moi-même observer la façon de travailler des autres, entre transpiration et inspiration, tâtonnements et fulgurances ? Par goût des brouillons, des traces, des esquisses (lorsqu'il existe des esquisses de certains tableaux terminés, ce sont souvent les premières que je trouve les plus intéressantes).
Le chat. Axiome à connaître : le ronronnement bienveillant du chat installé sur votre table de travail peut augmenter la confiance dans ce que vous êtes en train de faire par son côté apaisant. Toutefois, un chat est recouvert d'un nombre considérable de poils qu'il a tendance à perdre, et la pâte à modeler humide semble justement présenter des caractéristiques proches de l'aimant lorsqu'il s'agit de poils de chat, ce qui peut être extrêmement agaçant. Il s’agit donc d’évaluer lequel de ces deux effets est le plus puissant ou s’ils s’équilibrent avant d’autoriser un quelconque animal ronronnant mais hirsute à s’étaler sur la table !